Nombreux sont les immigrants qui croient bénéficier de droits en étant au Canada. Pourtant, les textes législatifs les protégeant sont limités. Quels sont les droits de ces travailleurs immigrants ?
Les traités internationaux que le Canada a ratifiés présentent certaines dispositions pour l'amélioration du statut des travailleurs. Toutefois, ces dispositions n'ont qu'une valeur interprétative au Canada puisqu’elles ne sont pas incluses dans les lois nationales et ne sont, de ce fait, aucunement contraignantes. Quant à la Charte canadienne, elle fournit des garanties à l'endroit des travailleurs étrangers, mais reste que la Charte canadienne ne comporte aucune disposition assurant un droit à de bonnes conditions de travail équitables. Incontestablement, il y a certaines lois particulières qui octroient quelques avantages. À titre d’exemples, les travailleurs temporaires tout comme les résidents permanents, ont une protection en ce qui a trait aux congés, à la durée de la semaine de travail et au salaire minimum et ce, en vertu de la Loi sur les normes du travail. De plus, les travailleurs légalement autorisés à travailler au Québec peuvent être protégés en vertu de la Loi sur les accidents de travail et les maladies professionnelles. Par ailleurs, certains travailleurs dont les pays d’origine ont signé une entente avec le Canada et le Québec se retrouvent privilégiés en matière de sécurité sociale si une entente les protège. Ces ententes concernent les pensions de retraite, d'invalidité et de survie et dans certains cas, des allocations d'aide à la famille. De plus, les ententes peuvent assurer une protection en cas d’accident de travail et de maladie professionnelle. Finalement, elles peuvent concerner les assurances santé et hospitalisation.
Malgré le fait que les Chartes et d’autres lois sociales s'appliquent de manière générale à tout travailleur sur le sol canadien, certains travailleurs se trouvent dans une situation davantage précaire. C’est le cas des travailleurs domestiques et des travailleurs agricoles. Par exemple, dans le cas des travailleurs domestiques qu’on appelle aussi bonnes à tout faire, aides ménagères ou aides familiales, ils se retrouvent dans une situation particulière. Le Programme des aides familiaux résidants encadre ces aides familiaux professionnels qui travaillent au Canada. Ces aides familiaux résidants sont des personnes qui sont qualifiés pour fournir sans supervision des soins à domicile à un enfant ou à une personne âgée ou handicapée. Selon l'une des principales exigences du programme, l'employé doit habiter dans la résidence de son employeur. Le Programme des aides familiaux résidants n'existe que parce qu'il y a une pénurie de Canadiens ou de résidents permanents pour combler les postes vacants dans ce domaine. Or, il y a suffisamment de Canadiens ou de résidents permanents pour combler les postes d'aide familial non résidant. La personne qui se qualifie pour devenir un aide familial doit obtenir un permis de travail délivré par un bureau des visas canadien et qui permet de travailler au Canada en qualité d'aide familial résidant. Ces aides familiaux qui travaillent au Québec, dans les résidences privées des quartiers plus nantis sont le plus souvent des femmes immigrantes. Elles ont de longues journées de travail et elles gagnent un petit salaire. Dans certains cas, on parle d'exploitation, et même d'esclavage.
Selon Mme Louise Dionne, directrice de L’Association des aides familiales du Québec, parmi les 20 000 aides familiaux au Québec, au moins 1 millier vivent dans des conditions qui s'apparentent à l'esclavage. » Leur position peut faire en sorte qu’ils se retrouvent dans une situation de dépendance et d’isolement. Il arrive que ces aides familiaux subissent des abus parce qu'elles ne connaissent pas notre pays et ses règles. Dans certains cas, c’est parce qu'elles veulent s'intégrer ou parce qu'elles ont l'espoir d'une vie meilleure. Malgré le fait que ces aides familiaux sont protégés par les Lois sur les normes du travail, elles ont peu de recours. Leur situation financière précaire, la barrière de la langue et l'absence de témoins sont d’importants obstacles les empêchant de faire valoir leurs droits. L’aide familial résidant vivant au Canada peut tout de même avoir le privilège de bénéficier de l'assurance-emploi.
Une deuxième catégorie de travailleur sont souvent désavantagés. Ce sont les travailleurs agricoles. Ils sont plus de 16 000 travailleurs agricoles au Canada et plus particulièrement environ 3000 au Québec. Depuis 30 ans, ces travailleurs arrivent au pays en vertu d'ententes binationales. Ces ententes prévoient d’ailleurs qu’ils doivent avoir une famille qui les héberge. Ces travailleurs agricoles ont souvent un travail saisonnier et leur traitement est différent de celui dont bénéficient les salariés des autres secteurs d'activités. Pour le travailleur agricole, la durée d'une semaine normale de travail ne s’applique pas. Il ne peut pas non plus bénéficier des heures supplémentaires. Quant au salaire horaire, il est d'environs 8,25 $, mais les travailleurs agricoles ne disposent pas tous d'une rémunération basée sur un taux horaire.
Malheureusement, les travailleurs domestiques et agricoles font parfois face à des conditions de travail précaires comparativement à d’autres secteurs d’activités. Toutefois, cette réalité peut leur paraître avantageuse comparativement à la réalité à laquelle ils font face dans leur pays d’origine. Est-ce un argument pour éviter de corriger la situation ?